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19
Mai
11

Du côté où la lune brille plus fort

C’est en ces moments d’amertume ponctuelle que je me remets en cause, dans mon fonctionnement, mes actes et ma façon d’être. Impossible de passer à côté d’un moment pareil sans y laisser des plumes. J’ai l’impression parfois d’être la victime d’une ingratitude typique.

Depuis plus de vingt ans que je travaille avec des artistes, j’ai dégagé des points communs, et je m’évertue à les camoufler derrière d’autres objectifs à chaque nouvelle rencontre. Je me dis : « cette personne n’est pas comme les autres, à travers ses ambitions, je perçois une envie de bâtir une collaboration sur le long terme ».

Comme un con, je reste persuadé que personne n’est parfait. Je connais mes forces et mes faiblesses, et après avoir étalé mes « forces » pour séduire, une complicité saillante me pousse à être transparent sur mes faiblesses. Et bien, comme dans beaucoup de situation, dans le « business » de la musique, on ne doit pas étaler ses faiblesses.

Du coup, je ne peux m’empêcher de réfléchir au mimétisme que je pourrais travailler, en étudiant les politiques, les capitaines d’industrie et les militaires. Ne rien laisser paraître de ses sentiments. C’est possible de l’appliquer dans la filière musicale, je l’ai déjà vu chez ces patrons de label que je côtoie dans les réunions et assemblée.

Toutefois, j’ai envie de mettre en garde l’artiste qui prendrait le temps de me lire. Si on vous dit que la lune brille plus fort d’un côté, ce n’est pas vrai.

Votre premier partenaire connaît la belle sœur du frère du stagiaire d’un label ? Vous le quitterez pour la belle sœur !

Je m’égare. Je dois me remettre en question pour l’avenir, pour ne plus renouveler mes erreurs. A tous les artistes qui se reconnaitront, je tiens à vous présenter mes excuses d’avoir :

–       commencer à travailler sans attendre la signature du contrat entre nous

–       cru que nous étions associés pour le meilleur et pour le pire

–       été transparent sur tous les avis, les retours

–       été 100% disponible

–       gaspiller ma trésorerie, mon énergie, mon temps pour le projet sans rien attendre en retour

–       pas su dire que la lune brille plus fort de mon côté

 

Dans un monde de paillettes, qui tient le meilleur rôle ? Celui qui fait clignoter les spots ou celui qui fait tourner la boule à facettes ?

30
Jan
11

MIDEM 2011 : + de meeting, + de deals, moins de monde

Depuis 3 ans, j’admire l’art des organisateurs du salon pour occuper l’espace vide. On agrandit les allées, on agrandit les stands, et on essaye de donner l’impression que c’est toujours aussi plein.

Cette année, je dirais qu’on a coupé le Palais des Festival en 2 : une partie occupée, une partie vide. Difficile de cacher la réduction de participant.

A certaine heure, le monde était certainement ailleurs… encore plus loin, ailleurs.

Le MIDEM c’est toujours l’occasion de revoir nos partenaires du monde entier en 4 jours, tout en bénéficiant du climat méditerranéen. J’ai quitté Lille en laissant ma petite famille avec 39° de fièvre, pour mélanger mon début de grippe avec celle des autres pays. C’est la crise depuis un moment, et ce n’est franchement pas gai de voir le salon diminuer tous les ans, en terme de participant et de stand. Pourtant, tout le monde à le sourire au moment des retrouvailles et parle de ses projets, de l’avenir, du plaisir d’être encore dans l’industrie musicale. Tout va bien.

J’ai réussi à participer aux conférences de presse au milieu des RDV. La plus significative d’entre elle est peut être, à mes yeux, celle du SNEP. Les majors commencent à flipper sur le manque de diversité musicale dans les médias. Le chiffre qui tue (la diversité) : 11 nouveaux talents dans le top 100 des diffusions 2010 à la radio (24 en 2009, 33 en 2008) ! Si comme le président de l’UPFI je vais me mettre « tricard » avec les programmateurs, cela fait un bout de temps que les réseaux nationaux ont déserté les nouveaux artistes, même en cas de gros budgets marketing. Les multinationales se rendent compte du marasme que vivent tous les indépendants face au pouvoir prescripteur du média tout puissant.

Sur le stand de la SPPF, on retrouve les mêmes têtes. Ce qu’on ne voit pas… on n’y pense pas. C’est la dure réalité de notre métier : être là pour exister, choper une opportunité, ou manquer à l’appel (qui n’existe pas). Pareil, c’est sympa de voir les actifs Français. Ils ont le sourire, ils sont fiers et veulent développer leurs affaires. Principal bémol du stand : le WIFI qui ne fonctionne pas ! J’espère que la SPPF n’a pas payé une fortune l’un des FAI ou le MIDEM pour un réseau inexistant. Impossible de faire tourner une vidéo online ou afficher un site artiste avant la fin du RDV.

Comme l’année dernière, les principaux RDV préparés à l’avance se terminent par un accord de collaboration, voir un contrat. C’est cool. Pour WTPL Music c’est l’opportunité de remettre un pied à Londres avec de solides intérêts, fortifier nos positions en Allemagne et les Pays de l’Est, accueillir de nouveaux partenaires du Canada et des USA. Je suis super content de mon sous-éditeur Turque qui me fait découvrir les richesses de son pays et les opportunités dans tous les sens. Un très bon entremetteur. J’ai zappé la Chine, l’Inde et l’Espagne… On ne peut pas être partout !

Au niveau concert, j’ai bien sûr été voir la soirée French Vibes avec les artistes Français sélectionnés par… Aucune idée ! Comme chaque année je ressort en me disant que le Martinez n’est pas une salle de concert. La reverb rebondit dans toute la salle, et le mélange soirée cocktail + show, c’est zarbi.

J’ai été voir IAN KELLY en trio. C’était court mais super bien. Je l’avais vu solo auparavant, la dimension que prennent ses chansons avec le clavier et la batterie met bien en relief la fraicheur de ses ballades folk punchies. I hope work with him.

Bon, il ne reste plus que 11 mois pour 2010, le MIDEM c’est dans un an.

03
Jan
11

Après une année horrible, bienvenue à 2011

Tous mes vœux pour cette nouvelle année, cette nouvelle décennie !

Je souhaite sincèrement que le monde s’améliore, que la tolérance se généralise et que l’Homme dans son immensité ouvre les yeux sur ses forces et ses faiblesses.

Je souhaite que vous trouviez la paix et les souhaits pour vos projets, la santé pour votre famille et vos proches. Chaque minute nous rappelle l’instant présent, la présence de l’absence et les promesses pour l’avenir.

Construisez votre triangle isocèle entre votre vie personnelle, familiale et professionnelle.

Pour WTPL Music, l’année 2011 est synonyme de 20e anniversaire. Woof Trade Publishing Limited (W.T.P.L.) créée en 1991 par The Barking Dogs existe toujours. Les succès comme les difficultés ont agité son histoire, et pourtant la société est là, témoin de la vitalité des artistes qui nous font confiance, des partenaires qui nous ouvrent leur porte, les prestataires patients et attentifs, les banques débiles et généreuses de frais.

Il y a des jours où je me réveille comme doit l’être un capitaine sur son navire. Scrutant l’horizon et bousculé par les vents et les marées. D’autres paquebots empruntent les mêmes routes, ils vont plus vite, sont plus sûrs. D’autres collègues ne sont pas convaincus par mes choix. Comme avec un bateau, j’accueille des passagers. Rien ne les obligent à monter, personne ne les poussent à rester. Les plus forts pensent parfois qu’un autre véhicule serait plus approprié à leur notoriété. D’autres encore quittent le navire pour un plus beau, plus coloré, plus profilé… Et puis, il y a cette famille qui s’entraide, qui avance ensemble, respectant les rythmes de chacun.

Pour le capitaine d’un navire, il est parfois difficile d’être à tous les postes. Sur un bateau, il y a parfois une équipe nombreuse et compétente qui permet de renforcer son travail et sa présence. Pour WTPL Music, j’ai fait d’autres choix, par nécessité, par obligation de l’environnement économique, pour être plus fort.

Je n’ai pas tout aimé en 2010, voire même depuis 2008. Je pense qu’il y a un fantasme du public sur les paillettes de la musique, les gens combattent les petites structures indépendantes comme si c’étaient des majors. Ce que je lis sur les forums, les sites de partage de « produits culturels » me fait d’une certaine façon, très peur. Les petites sociétés n’ont aucun moyen pour communiquer, pour faire entendre leur message. Les organismes censés les fédérer ne sont pas en phase avec la réalité de tous les jours. Nous sommes dans le monde de la musique : pour un banquier c’est la précarité, pour ma tante c’est Johnny Hallyday ! Le grand public n’imagine pas assez que des artistes et leurs partenaires, vivent chichement, mais durablement, de la musique. 80 concerts/an devant 300 personnes de moyenne c’est très bien. Ce n’est pas suffisant pour le média national, mais c’est économiquement viable pour l’artiste interprète. Il faut toutefois penser à l’auteur, au compositeur qui n’est pas forcément sur scène, l’éditeur et le producteur qui ne touche rien sur les ventes du spectacle, etc… Heureusement, à travers le travail de chacun, nous ne sommes pas en train de suivre un livre de recettes pour (pre)fabriquer un projet artistique. Ma mission est d’ordre économique à mon sens. Être viable en tant que structure professionnelle, et réussir à apporter des revenus à mes artistes et leur partenaire. Ce n’est pas facile, c’est beaucoup de travail, de la volonté et cela ne marche pas toujours.

Les institutionnels, les politiques, les collectivités territoriales ont toujours aidé les artistes. Aucun ne pense aux structures professionnelles encadrant les artistes. On saupoudre des subventions à quelques associations locales « d’accompagnement » pour financer le poste d’un permanent. Celui-ci va se battre toute l’année pour obtenir la même enveloppe l’année suivante en mettant en place des actions de « professionnalisation » sans jamais travailler avec les professionnels de la la profession : manager, tourneur, éditeur, producteur, label… Et pourtant, dans notre métier, ce sont bien les compétences que l’on développe qui nous permettent d’être efficace. Je caricature souvent mon job à un « catalyseur de temps et d’énergie ». J’ai un carnet d’adresse qui s’étoffe tous les jours et j’en fait profiter les artistes avec qui je travaille. Je mets en contact des gens qui ont des choses à se dire. C’est un véritable échange où tout le monde gagne et cela construit durablement une activité.

Je dis aussi aux artistes qu’il ne faut pas quitter sans réfléchir et pour de mauvaises raisons, un professionnel qui donnent du temps et qui a confiance en votre projet. C’est difficile de trouver un partenaire et de le garder. Nous avons tous nos forces et nos faiblesses. Soyons conscient de cela et construisons un partenariat équitable sur ces bases.

Ces dernières années, j’ai entendu certain se plaindre. Ce n’est pas toujours gai à entendre quand on est aux yeux de son artiste, celui par qui cela n’a pas marché. Je ne promets pas la réussite à coup sûr sinon je ferais des bouquins ou de la voyance. La faute n’est pas à rejeter sur l’un ou l’autre. Nous faisons tous des choix et nous devons les faire ensemble et les assumer. Cela ne remet pas en cause le projet artistique et les efforts ne sont jamais vains. Le public n’était pas au rendez-vous et par ricochet les revenus ont été faibles et n’ont pas permis de rentabiliser les investissement temps, énergies et financiers. C’est toute l’équipe qui subit « l’échec ». Mais c’est pour mieux repartir ensemble, riches de cette expérience pour améliorer le futur. Si tu quittes le navire pensant que l’autre qui passe fera mieux, c’est quitte ou double.

Si l’on pose les choses à plat et que l’on respecte le travail des autres, alors on peut mettre en place une équipe qui gagne.

Dans l’industrie musicale, si on n’était pas dans le top 50, on n’était pas bon. Aujourd’hui si on n’est pas diffusé sur un média national ou/et adossé à un partenaire (marque) notoire, on n’est rien ! Pourtant si on s’intéresse un peu plus au public, des gens ont levé le nez, ont bougé sur un concert, ont acheté un titre ou/et un album, en ont parlé à leur famille, leurs amis… La diffusion du projet artistique a commencé. Respectons le public curieux et respectueux du travail de l’artiste et de son environnement. Et toi, amateur de musique, soutien à ta manière, avec tes moyens les artistes que tu apprécies. Si tu es passionné, tu seras passionnant.

Merci pour le bout de chemin ensemble.

Le monde est petit et nos routes se croiseront encore.

L’année 2011 est pleine de promesses, avec beaucoup de projets, de développement et de rencontres.

Bon voyage.

Bill

 

10
Avr
09

Les marges ENORMES du producteur de disques

Le ver est dans le fruit ?

Le ver est dans le fruit ?

Alors, OK, les députés oublient d’aller votés, ou laissent la place libre pour ne pas prendre position… Cela laisse perplexe. Mais bon, il a été décidé que la musique devait être gratuite et qu’il était nécessaire de ne plus rémunérer les artistes, les créateurs et les professionnels autour. Je crois que la grande manipulation articulée autour de tout cela, ne serve à personne en définitive.

Pour de nombreux biens de consommation, quand le produit est plus cher dans une enseigne, on râle sur le commerçant. Pour les CD, on râle sur le producteur ! Sachez cher novice du commerce que le distributeur et le point de vente prennent une marge sur tout type de produit dont le CD, et c’est le magasin qui détermine le prix final en fonction de sa marge.

Dans le CD, il y a un prix de gros HT (PGHT). Prenons l’exemple de 10 €. Le distributeur revend donc le CD au magasin à ce prix avec parfois une ristourne (pouvant aller jusqu’à 17%) et reverse 60% au label. Le magasin ajoute sa marge et la TVA et nous avons un prix final autour de 17 € quand vous achetez le disque.

Quelle est la marge d'un microsillon ?

Quelle est la marge d'un microsillon ?

Le label se retrouve donc avec 6 €. Il reverse en général 20% du PGHT au producteur soit 2 € (le label reversant 10% en moyenne aux artistes, soit 1€ dans notre exemple). Avec le 1€ sur chaque disque, il faut déjà rentabiliser l’investissement de la production (variable suivant les projets). La moyenne étant comprise entre 15 000 et 150 000 € (location du studio, matériel, salaires des artistes, musiciens, techniciens, frais de déplacement, repas, mixage, mastering, photos, photographe, graphiste, vidéo clip, etc…), vous avez compris comme moi que pour rentabiliser il faut vendre entre 15 000 et 150 000 CD avant de gagner de l’argent !!!

Le producteur a les poches pleines

Le producteur a les poches pleines

Alors, vous allez me dire, c’est le label qui s’en met plein les poches ?

Comptons ensemble. Il reste 4 € quand on a payé le producteur. Il faut payer la fabrication du CD et de l’emballage, ainsi que les Droits de Reproduction Mécanique. Cela donne un prix de revient entre 2 € et 2,50 € suivant le packaging et le contenu. Mettons qu’il revient à 2 €. Il reste donc 2 € pour rembourser les investissements promo (attaché de presse, matériel promo, site internet, envois postaux, déplacement et salaires des artistes pour une émission, un interview, etc…) et les investissement marketing (encarts pub sur un magazine, une radio, une télé…). A savoir que lorsqu’un média est partenaire d’un album, il a juste fait une réduction sur son tarif pub. Les investissements promo/marketing sont minimum de 15 000 € et n’ont pas de plafond. Donc pour le label, obligation de vendre un minimum de 15 000 albums pour commencer à gagner de l’argent (qui servira à payer les salariés, loyer, frais bancaires, caisses sociales, impôts, etc…).

Tu prends "musique" ou "poker" ? Au hasard...

Tu prends "musique" ou "poker" ? Au hasard...

Aujourd’hui, un début de succès, c’est 5 000 ventes d’album…

Avec les CD invendus, on peut s'en mettre tout autour et on a une maison de disques...

Avec les CD invendus, on peut s'en mettre tout autour et on a une maison de disques...

Ah, j’oubliais, le magasin s’il ne vend pas le disque, le rend au distributeur qui le rembourse. Le distributeur fait la même chose auprès du label augmenté des frais de retours (15% en moyenne). Si le producteur et les artistes ont été payé sur les ventes précédentes, on ne leur demande pas de rembourser bien évidement… Cela explique les fermetures de nombreux labels.