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08
Fév
13

Arrêtons de prendre les poneys pour des licornes

poneylicorne

Arrêtons de nous bloquer sur les positions dominantes et d’écarter les plus faibles. Nous sommes dans le même bateaux et il est inutile de sauter en route, faut s’accrocher !

Ami public et spectateur, ne te laisse pas berner par le classement du chanteur le plus riche. Il cache une réalité qui ne repose pas sur les bénéfices de la musique, mais sur des contrats publicitaires avec des marques et des billets d’entrée dans des stades. Comment la presse, les journalistes peuvent ils relayer encore aujourd’hui, des classements sans expliquer sur quoi se basent les revenus d’un artiste ?

On interpelle souvent les professionnels de la musique sur la non adaptation au nouveau modèle économique imposé par le web. Et c’est normal qu’on crève ! En même temps le gars qui dit ça est souvent seul, et c’est la seule question qu’il retient pour la reposer sans cesse. C’est comme de lire certain post, j’ai l’impression que c’est toujours le même qui écrit.

La réalité est que les revenus du streaming augmentent mais ne sont pas encore conséquents par projet. C’est le modèle vers lequel tout le monde pense qu’on va. C’est vrai. Mais nous avons aussi la chance de faire cohabiter plusieurs types de revenus et de modèles dans cette période de transition, qu’il ne faut pas jeter le passé sous prétexte que le futur est notre présent !

Les droits d’auteur imaginés au XVIIIe siècle dans leur mode de rémunération toujours actuelles pour les paroles et la musique reste un marqueur fort de la valeur d’une œuvre et de son auteur. L’œuvre populaire est beaucoup diffusée et son auteur est rémunéré en fonction de cette diffusion. Il faut bien sûr s’occuper de multiplier les diffusions, les utilisations. Un éditeur peut être un partenaire pour atteindre ces objectifs.

La rémunération des supports continue de s’effondrer, en grande partie par l’abandon de supports… Il faut donc revoir les échanges avec le public pour l’utilisation d’un enregistrement. La production d’un album par exemple représente des coûts, variables suivant les moyens à disposition, l’ambition du projet, le nombre de musiciens, de technicien, le temps de studio, le graphiste, le photographe, etc… Du coup, donner sa musique c’est comme si le boulanger distribuait ses baguettes dans la rue. Les gens acceptent de payer le pain, car on a su valorisé la farine, le sel et l’eau, et presque le temps de travail…

Et je dis à l’artiste qui donne sa musique pour faire des concerts, qu’un autre joue gratuitement pour vendre sa musique !

Créons ou/et entretenons un lien entre nous pour valoriser notre travail et mieux le faire comprendre. Le retour sera bénéfique pour tous.

N’attendons rien des politiques qui ne comprennent pas notre filière. Nous créons de la richesse, des emplois, du rêve, avec des activités non délocalisables. Les 5 plus gros sont fragiles, tous les autres se battent comme des chiens.

01
Mar
11

Les indépendants prêts à tuer les indépendants

Je ne sais pas si cela se fait dans d’autres filières, mais dans l’industrie musicale, nous sommes loin d’un monde cohérent et respectueux. Cela fait plusieurs jours que cela me travaille. Je n’ai aucune idée des conséquences sur mon état d’esprit une fois que j’aurais terminé cette prose. Une chose est sûre, je serais tricard auprès des labels indépendants !

En bon éditeur, et malgré des solutions de distribution et un label sous le coude, j’essaye toujours de trouver des partenaires discographiques pour mes artistes et leurs projets. Je suis très flatté de pouvoir rencontrer de nombreux D.A. et patrons de maisons de disques rapidement pour échanger sur l’écoute d’un répertoire. Je me suis fait plusieurs RDV par vague et cela fait plusieurs fois que je vois des indépendants. Ils sont partant pour des licences, mais ils veulent 50% des éditions ! C’est devenu  break point de tout deal. Et parfois les arguments sont fallacieux… extraits :

– « En sortant le disque, on ne peut pas s’en sortir financièrement si on n’a pas les éditions »

=> ben, tu n’es peut être pas le bon partenaire alors, moi je cherche une maison de disques qui va en vendre des camions

– « Toi, en tant qu’éditeur, tu vas gagner plus que nous, alors que c’est nous qui allons faire tout le boulot ! »

=> ben, t’as qu’à faire éditeur alors ? Tu investis quelques années sur un projet, tu l’accompagnes, tu bosses fort et après tu partages les revenus avec le premier qui se présente, contre rien

– « Entre indé, faut qu’on s’aide ! Tu comprends que sans nous, tu ne gènèreras pas de droits »

=> ben… heureusement, il n’y a pas que vous…

– « Si on veut faire un partenariat avec une radio ou/et une TV on doit leur filer un bout des éditions »

=> ben… qui c’est qui a commencé ? C’est idiot comme échange et pas très fair…

etc…

J’ai l’impression d’avoir toujours entendu ce discours. Donc, je ne fais pas la vierge effarouchée ! Je ne dit pas que le boulot de labels est facile en ces temps qui courent, mais beaucoup génèrent une économie viable. Je ne dirais pas la même chose des distributeurs et des producteurs. Le label a en gros une marge de 3 € par album. Il faut rembourser la promo et le marketing avec ça, payer le personnel et gagner de l’argent. En théorie, quand un label part sur un projet, c’est qu’il a l’espoir d’en vendre un peu… Les attachés de presse, c’est un budget de 5 000 à 15 000 Euros quand on externalise, soit 2 000 à 6 000 ventes d’album, le marketing c’est quasi rien pour les petits projets qui n’entrent pas dans le mass média et on peut aller entre 50 000 et 150 000 euros quand on a de l’airplay radio et du clip en TV, donc là faut rajouter 20 000 ventes minimum pour s’y retrouver… Sachant qu’un bon label a des accords de partenariats avec les médias et ne payent pas 100% de la facture… Un éditeur sur 25 000 ventes gagne à peu près comme ses artistes soit 10 000 Euros, plus d’un an après la sortie de l’album… S’il y a de la rotation radio et TV, on peut doubler la somme.

J’ai fait l’étude sur un carton (disque d’or, 3 single en radio et TV, 100 concerts), et un projet correct (40 000 ventes + un peu de média et concerts). Dans les deux cas, la maison de disque gagne de 10 (pour le carton) à 4 fois plus que l’éditeur, sachant que le label touche de l’argent tous les mois, quand l’éditeur va  commencer à le récupérer un an après. Il faudra que les indés m’expliquent comment on peut être un bon partenaire, qui peut investir sur un projet, quand on cède « gratuitement » 50% de ses revenus, alors qu’on a déjà passé du temps, de l’énergie et des investissements sur un projet.

Je pense qu’on se fout de notre gueule ouvertement.

Je pense que les gens dans certain label ne connaissent pas le boulot d’éditeur et ce que cela représente pour vouloir nous faire crever comme ça. Merde, si on ne peut pas vivre de notre métier comment va-t-on investir sur de nouveaux artistes ? Comment va-t-on pouvoir accompagner les projets sur du long terme si on nous prive d’un fonctionnement simple de la gestion de droits ?

Si j’ajoute les producteurs audiovisuels français qui n’ont jamais de budget pour la musique, qui veulent aussi qu’on leur cède 50% des droits contre le fait de mettre quelques secondes dans un film, je m’énerve tout seul devant ce manque de respect pour une profession comme la nôtre !

ça y ‘est j’suis tricard dans l’audiovisuel Français !

M’en fout j’bosse à L.A. !

17
Fév
10

La SACEM joue la bonne partition

Commission du 19 janvier 2010

En tant qu’éditeur, je suis sociétaire SACEM et je m’intéresse depuis longtemps à son fonctionnement, car comme on nous le répète régulièrement : c’est notre maison. Depuis 2 ans, je fais partie de la Commission des Variétés. Une Commission composée de 5 auteurs, 5 compositeurs et 5 éditeurs ayant une réunion tous les mois et des tas d’échanges entre les commission, sans compter les manifestations comme « Les Petits Déjeuners de la SACEM », « Parcours Croisés »…

Cela prend du temps et quand on met un doigt dans le fonctionnement de notre maison, cela donne envie de faire encore plus. On se retrouve ambassadeur de la SACEM dans le moindre colloque, dans les conversations autour du droit d’auteur et parfois on reçoit les doléances des utilisateurs de musiques. Je reçois parfois les critiques des uns et des autres, car une grande structure a forcément des fonctionnements obscurs pour certain.

L’année dernière j’écoutais lors d’une conférence un avocat (enseignement le droit d’auteur dans une université) critiquer le mode de fonctionnement du droit d’auteur tel qu’il est géré par la SACEM. Oubliant de fait l’histoire de la maison, et que beaucoup d’autres sociétés civiles dans la plupart des pays sont sur le même modèle. Tout est améliorable, et c’est impossible de faire consensus sur un sujet, mais fort est de constater que si le fonctionnement est le même partout dans le monde où on respecte les droits d’auteur, ce n’est pas le mauvais système. La SACEM est une grande société car nous sommes un grand pays et il y a beaucoup de choses à traiter. Et le traitement n’est pas uniquement informatique. La limite humaine est là aussi pour bien faire  son boulot. Il faut donc plutôt aider les salariés de la SACEM a être performant en leur donnant le maximum d’information. Cela permet un meilleur suivi des droits et une meilleure répartition pour tout le monde.

Et parfois, je me demande comment fait un auteur ou/et un compositeur sans éditeur pour vérifier et collecter ses revenus issus des droits. La conversation avec un éditeur pour un artiste se limite souvent à l’aspect partage de revenu. En gros, on pense toujours que l’éditeur prend 50% des revenus issus des droits d’auteur, alors que d’une part c’est limité à la reproduction mécanique (la mauvaise raison qui pousse les labels à vouloir les éditions), et pour 1/3 sur l’exécution publique. Pour exemple, un compositeur qui fait des musiques de film garde les 2/3 de ses droits, de ses revenus à chaque diffusion. Par contre, s’il n’y a pas un éditeur qui donne la moitié de ses droits à un sous-éditeur dans un pays, la collecte et la vérification n’est pas aussi bonne, donc les revenus ne sont pas aussi bon. CQFD.

Salle du Conseil, 7e Etage de la SACEM

La transparence doit être de mise dans toute collaboration et ce n’est pas toujours facile.

Bref, je reviens à la SACEM, car c’est la base de cette gestion collective qui a amené tant d’autres dérivés dans d’autres droits, d’autres métiers, d’autres filières. Je discute parfois avec les membres d’autres commissions, les membres du CA qui donnent tous beaucoup de leur temps pour suivre le fonctionnement de la maison. Car l’évolution est continue. Il faut la suivre, la gérer, l’anticiper, l’expliquer… Difficile parfois d’avoir accès backstage pour tous à l’immeuble de Neuilly, et l’implication suit un fonctionnement ressemblant à un chemin initiatique. Le sociétaire est d’abord stagiaire, puis professionnel et enfin définitif. Ce n’est pas toujours clair pour tous. Pourtant même si cela est basé sur les revenus, cela amène un éclairage tout démocratique. Il reste encore quelques efforts à développer en direction des sociétaires. Le site http://www.sacem.fr a fait peau neuve et va encore s’améliorer, en particulier via les outils pour les sociétaires. Il faut trouver une voie de mise en relation entre les sociétaires et les délégations régionales, car on n’y pense pas tous les jours.