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27
Avr
11

Le Bluzz

Samedi, j’ai été dans un festival à Cambrai. J’ai enchainé après le retour de nuit du Printemps de Bourges. Au cours d’une conversation avec un artiste, je me suis entendu parler du Bluzz, comme stratégie de développement. Un mélange de bluff et de buzz. C’est dans l’ère du temps. Je me verrais bien en inventeur du bluzz en fait.

Pour mériter le titre, il faudrait avoir quelques résultats à mettre sur la table, et ce n’est pas chose facile. Un bluzz échappe souvent à son auteur. Quand j’étais tourneur en 1993, les organisateurs devaient me faire confiance sur le boulot de la maison de disque, de la promo et du marketing, du fait que tout le monde était en train de programmer le groupe dont je parlais. Seulement quand tu démarres le démarchage pour dEUS avant la signature chez Island UK, personne n’est motivé. L’effet bluzz arrive en juillet 1994 au lendemain de leur deal anglais. Bingo, tout le monde les veut. C’est l’effet Kiss Cool du label prestigieux. Phénomène que j’ai retrouvé avec OUT pour leur 2e album chez Roadrunner. Pour Useless en 1997, difficile d’expliquer l’engouement avant la signature chez EMI. Label que nous avions du choisir parmi toutes les offres. Certainement la conjonction de la tournée de 120 dates avant, la participation au FAIR, Transmusicales, Printemps de Bourges, etc… a fait le reste. Tout le monde voulait Useless. Encore un cas d’école pour moi. Je n’ai jamais levé autant de fond pour un artiste pour lequel j’ai été manager…

Quand j’ai conclu un accord avec K.Maro au Midem 2004, il avait déjà fait le tour des majors en décembre 2003. J’ai enchainé Cannes avec 3 jours à Paris à voir tout le monde. Et je leur disais : « j’ai le tube de l’été » ! Ben… aucune offre ! Il n’y a eu que Dodo chez East West, avec qui j’écoute plutôt du rock couillu, qui m’a dit « tu as peut être raison Bill ». Et Michaël Wijnen m’a fait une offre dix jours après. Le titre a été présenté en radio avec quelques améliorations, 3 semaines plus tard, et il est rentré 12 fois jours sur NRJ grâce à Roberto. « Femme Like U » a été N°1 dans 17 pays. Si ce n’est pas du bluzz ça !

Lorsque son pseudo manager me présente le clip de « Marly Gomont » de Kamini, je m’empresse de le rencontrer et de lui faire une offre. Sur la promesse orale de signer avec WTPL en édition, j’envois le lien du clip à plusieurs D.A. en fin de matinée du 12 septembre 2006. Je reçois 8 propositions écrites dans les 2H. Comme quoi les D.A. sont toujours aussi bons. L’envoi à Cauet le même jour permet de faire l’émission une semaine après, et le passage au Grand Journal met en lumière ce qui nous a complètement échappé : l’engouement du public à se refiler le lien du clip. Le bluzz est en route. Le clip sera le gagnant des Victoires de la Musique 2007, et j’aurais participé à de nombreux meeting avec des patrons de labels et de majors, avec des offres de fous pour récupérer le projet. Projet qui m’échappera ensuite, car ni le manager, ni l’artiste ne se souviendront du début de l’histoire…

En 2007, je m’engage sur Tom Frager. Humainement ça clique et je pense que « Lady Mélodie » est un hit. Pas moyen de trouver un deal en maison de disque. On fait un accord avec Believe pour le sortir en digital et pusher le clip sur Internet et TV. Entre temps, je rédige les contrats qui sont un peu compliqués avec des auteurs et des compositeurs différents pour chaque titre. J’imprime plus d’une ramette et ces feuilles vont faire le tour du monde. La veille de récupérer les contrats, je décroche un RDV chez AZ où je ne peux me rendre. Le label signe. Faut dire que « Lady Melodie » est depuis une semaine sur NRJ. Et le manager va proposer les éditions à l’étage du dessous, chez Universal Publishing. Ce titre a été le N°1 des téléchargements en 2009.

En 2009, c’est l’année où nous mettons le clip de L’Homme Parle : « La Crise » sur Internet. Le public nous aide à faire le bluzz. Plus de 3 millions de visites sur leur myspace. « La Crise » devient le lip dub d’Europe Ecologie pour les Européennes. Le groupe joue dans plusieurs meeting dont le zénith de Paris. L’album sort en juin 2009. Les magasins et notre distributeur n’ont pas anticipé l’engouement et l’album est trois fois en rupture de stock la semaine de sortie. Le groupe remplie les salles alors qu’il n’y a aucun matraquage promo et marketing. Certain programmateur ne savent pas s’engager sans relais traditionnels malheureusement.

Le compositeur de L’Homme Parle a créé son projet solo : « MARXS ». C’est élétro pop. Les collaborations avec plusieurs feat. dont Bad News Brown (RIP) sont superbes. J’ai câlé les premiers show au Canada en mars 2011 (Montréal et Toronto) après une semaine de teasing à New York en décembre 2009, deux clips réalisés avec des Polonais à Montréal, et de belles rencontres au MIDEM. On prépare les meeting à Londres pour le mois de mai. On vient juste de signer une entente pour l’Italie.

Beaucoup d’autres projets vont faire le bluzz ces prochains mois, croyez moi. Et les meilleurs prescripteurs, c’est le public, j’en suis convaincu. Peut être un peu vous qui avez lu jusque là…

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01
Mar
11

Les indépendants prêts à tuer les indépendants

Je ne sais pas si cela se fait dans d’autres filières, mais dans l’industrie musicale, nous sommes loin d’un monde cohérent et respectueux. Cela fait plusieurs jours que cela me travaille. Je n’ai aucune idée des conséquences sur mon état d’esprit une fois que j’aurais terminé cette prose. Une chose est sûre, je serais tricard auprès des labels indépendants !

En bon éditeur, et malgré des solutions de distribution et un label sous le coude, j’essaye toujours de trouver des partenaires discographiques pour mes artistes et leurs projets. Je suis très flatté de pouvoir rencontrer de nombreux D.A. et patrons de maisons de disques rapidement pour échanger sur l’écoute d’un répertoire. Je me suis fait plusieurs RDV par vague et cela fait plusieurs fois que je vois des indépendants. Ils sont partant pour des licences, mais ils veulent 50% des éditions ! C’est devenu  break point de tout deal. Et parfois les arguments sont fallacieux… extraits :

– « En sortant le disque, on ne peut pas s’en sortir financièrement si on n’a pas les éditions »

=> ben, tu n’es peut être pas le bon partenaire alors, moi je cherche une maison de disques qui va en vendre des camions

– « Toi, en tant qu’éditeur, tu vas gagner plus que nous, alors que c’est nous qui allons faire tout le boulot ! »

=> ben, t’as qu’à faire éditeur alors ? Tu investis quelques années sur un projet, tu l’accompagnes, tu bosses fort et après tu partages les revenus avec le premier qui se présente, contre rien

– « Entre indé, faut qu’on s’aide ! Tu comprends que sans nous, tu ne gènèreras pas de droits »

=> ben… heureusement, il n’y a pas que vous…

– « Si on veut faire un partenariat avec une radio ou/et une TV on doit leur filer un bout des éditions »

=> ben… qui c’est qui a commencé ? C’est idiot comme échange et pas très fair…

etc…

J’ai l’impression d’avoir toujours entendu ce discours. Donc, je ne fais pas la vierge effarouchée ! Je ne dit pas que le boulot de labels est facile en ces temps qui courent, mais beaucoup génèrent une économie viable. Je ne dirais pas la même chose des distributeurs et des producteurs. Le label a en gros une marge de 3 € par album. Il faut rembourser la promo et le marketing avec ça, payer le personnel et gagner de l’argent. En théorie, quand un label part sur un projet, c’est qu’il a l’espoir d’en vendre un peu… Les attachés de presse, c’est un budget de 5 000 à 15 000 Euros quand on externalise, soit 2 000 à 6 000 ventes d’album, le marketing c’est quasi rien pour les petits projets qui n’entrent pas dans le mass média et on peut aller entre 50 000 et 150 000 euros quand on a de l’airplay radio et du clip en TV, donc là faut rajouter 20 000 ventes minimum pour s’y retrouver… Sachant qu’un bon label a des accords de partenariats avec les médias et ne payent pas 100% de la facture… Un éditeur sur 25 000 ventes gagne à peu près comme ses artistes soit 10 000 Euros, plus d’un an après la sortie de l’album… S’il y a de la rotation radio et TV, on peut doubler la somme.

J’ai fait l’étude sur un carton (disque d’or, 3 single en radio et TV, 100 concerts), et un projet correct (40 000 ventes + un peu de média et concerts). Dans les deux cas, la maison de disque gagne de 10 (pour le carton) à 4 fois plus que l’éditeur, sachant que le label touche de l’argent tous les mois, quand l’éditeur va  commencer à le récupérer un an après. Il faudra que les indés m’expliquent comment on peut être un bon partenaire, qui peut investir sur un projet, quand on cède « gratuitement » 50% de ses revenus, alors qu’on a déjà passé du temps, de l’énergie et des investissements sur un projet.

Je pense qu’on se fout de notre gueule ouvertement.

Je pense que les gens dans certain label ne connaissent pas le boulot d’éditeur et ce que cela représente pour vouloir nous faire crever comme ça. Merde, si on ne peut pas vivre de notre métier comment va-t-on investir sur de nouveaux artistes ? Comment va-t-on pouvoir accompagner les projets sur du long terme si on nous prive d’un fonctionnement simple de la gestion de droits ?

Si j’ajoute les producteurs audiovisuels français qui n’ont jamais de budget pour la musique, qui veulent aussi qu’on leur cède 50% des droits contre le fait de mettre quelques secondes dans un film, je m’énerve tout seul devant ce manque de respect pour une profession comme la nôtre !

ça y ‘est j’suis tricard dans l’audiovisuel Français !

M’en fout j’bosse à L.A. !




wtpl

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