Posts Tagged ‘Musique

31
Déc
12

Je la sens « balèze » cette année 2013…

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Encore un matin…

Je reprends du café pendant qu’un chroniqueur radio commente le dernier album de Booba sans passer un extrait. Je zappe. Une autre radio joue en boucle le même titre de Goldman pour la 12e fois de la matinée. Est-ce que j’ai la première version en vinyl ? Direction l’ordi pour ouvrir un nouveau mail d’une TV de Box qui propose de financer son passage de clip vidéo. Je me demande si ma société va pouvoir investir dans un nouvel album.

Forcément en cette journée du 31 décembre 2012, on a envie de faire une rétrospective. Pas facile de voir si on a tout bien fait cette année. J’ai fait une petite vidéo il y a quelques jours pour assembler tous les albums, EP ou single commercialisés par Booster Label. C’est pas mal. 26 sorties quand même !

Pour WTPL Music, en tant qu’éditeur, je suis assez content de cette année 2012. Pas mal de synchro en France (France Télévision, TF1, Canal+, etc…), fortifiée par belles collaborations. Du placement de titres auprès de plusieurs interprètes. C’est une première et c’est extrêmement excitant de réunir des équipes pour apporter une chanson à un interprète. J’ai même concrétisé des signatures en label, ce qui par les temps qui courent, est une forme d’exploit 😉

On a perdu l’opportunité d’avoir un CNM. Les enjeux de la copie privé, les droits d’auteur et la viabilité économique de la filière musicale ont encore faire des dégâts. La musique est dans notre vie de tous les jours, personne ne voit que la création est en danger. On va rebattre les cartes de l’intermittence, on ne prévoit rien pour empêcher le direct download. Les fusions et les rachats vont se poursuivre…

L’audace de certain producteur, les initiatives de plusieurs artistes, la volonté de nombreux promoteurs, maintiennent la motivation.

Tout cela me motive à être déjà en janvier 2013. La nouvelle année va démarrer au quart de tout. Je le sais ! Les cartons sont pleins avec la production de deux albums, la promo d’un projet grand public, la création d’un répertoire pour une nouvelle artiste et la gestion de sa stratégie, de nouveaux accords avec des catalogues à gérer et à monter, des nouveaux sous-éditeurs et l’ouverture d’une nouvelle antenne internationale. Le MIDEM sera encore chargé dans un mois.

Tous mes vœux

Je vous présente tous mes vœux pour cette année 2013. Pensez à vos proches, à votre santé, pour être plus fort tous les jours sur ces bases essentielles. Je vous souhaite d’être curieux et de rendre curieux votre entourage. Bonne année !

15
Oct
11

New Money

gros billetLa prime de 1000 € c’est un problème de riches ! J’ai découvert les tickets restaurant, les chèques vacances et les RTT quand j’ai embauché mes premiers salariés au régime général. Le chef d’entreprise n’a pas le droit à cela, et l’inconscient collectif associe le patron d’une TPE à un capitaliste notoire, touchant salaire, prime, avantages en nature et dividendes. Et en plus, il est propriétaire de sa boite ! Nous sommes tous balaises pour faire des raccourcis sociaux. Une caricature est toujours plus claire dans la tête des gens, et cela évite de réfléchir. Je fais pareil en mettant toutes les banques dans le même sac sur la facturation systématique de frais et la création de valeur sur les soldes négatifs.

Bref, je ne vais pas ici exposer qu’avec beaucoup d’argent, je serais fort riche. Je me suis mis à penser à de nouveaux revenus issus de l’activité dans la musique, au profit des artistes et de leurs partenaires. Facebook a été plus rapide en signant des accords avec les tuyaux d’écoute de musique (Spotify, Deezer, Soundcloud, Vevo…). Contre 30% des revenus générés (sur le même schéma que Zinga), Facebook va non seulement récupérer de la new money via ses 800 millions d’utilisateurs, mais va en plus connaître ce qu’ils écoutent. Ces flux d’écoute seront collectés pour ensuite facilement les monétiser via des offres publicitaires pour proposer du merchandising, des places de concert, des nouveaux albums, etc… Un nouvel intermédiaire entre le public et les artistes est en train de naître.

Une boite de tunesLe grand public a une image sur les producteurs de l’industrie musicale complètement faussée, et ces producteurs n’ont rien fait pour améliorer cette image. J’entends ceux que les journalistes invitent à la télé, à la radio et dans les débats. 4 majors (Universal, Warner, Sony et EMI) pour l’instant, en France 4 gros indés (Because, Naïve, Wagram, PIAS), et plus de 1500 structures plus modestes plus proche de la TPE que de la PME. Autant de gens au service des nouveaux talents, rarement serein en terme de trésorerie, qui sont mis dans le même sac que le porte parole de Vivendi qui explique ses 45% de parts de marché dans le top parce qu’il y a tout son back catalogue. Son job est de faire briller les actifs, les « petits » essayent de ne pas être passif quand le fruit de leur labeur veut changer de main. Pas facile de créer des outils permettant d’assurer  la pérennité des labels tout en préservant la diversité culturelle.

Le producteur de musique est avant tout un entrepreneur. A ce titre, il accepte de risquer ses finances sur un projet artistique. Les artistes étant rémunérés à toutes les étapes du processus, le retour sur investissement devient plus complexe au fur et à mesure de l’illusion de la gratuité des contenus. Les modèles économiques sont remis en question tous les mois et chacun cherche tous les jours des moyens de s’en sortir, malgré les coups de butoir des artistes qui ne comprennent pas pourquoi une équipe réduite est débordée par le boulot, les coups de butoir des sites de direct download qui prônent la culture pour tous gratuite, les coups de butoir des politiques avec des solutions fumeuses sur la distribution d’une taxe internet pour tous, les coups de butoir incessants des médias qui expliquent que l’industrie musicale n’a rien fait pour ne pas se retrouver dans cet état tout en la critiquant d’agir pour protéger ses droits.

arbre à moneyLa filière musicale a le plus souffert de l’impact du téléchargement et de la copie illégale, tout en étant le secteur culturel le moins aidé. La taxe Cosip (taxe payée par les distributeurs de télévisions, FAI principalement) pourrait faciliter de nouveaux financements. les 278 Millions collectés en 2010 et fléchés uniquement vers le cinéma (alors qu’on parle d’audiovisuel) pourraient en partie (95 Millions) revenir à un nouvel organisme : C.N.M. (Centre National de la Musique). Ce nouvel édifice regrouperait tout la filière (scène, disque, édition…). Le CNM gèrerait des financements administrés par d’autres sociétés civiles et incorporerait le FCM et le Bureau Export. Cela donnerait un guichet unique pour les aides à la production, à la tournée et au clip.

Le « New Money » se répartirait comme suit :

– 7 Millions pour les auteurs/compositeurs et les éditeurs

– 25 Millions pour les activités liées aux concerts

– 45 Millions pour les producteurs de contenus

Reste à coordonner la distribution, sans tomber dans le droit de tirage systématique favorisant les gros et uniquement les gros, et le saupoudrage éparse ne favorisant pas grand chose pour les petits. Les échéances électorales risquent de hâter tout cela pour le meilleur et pour le pire.

A Suivre…

 

20
Août
11

La Google attitude

Google a acheté Youtube (1,65 Md$), Google a acheté Double Click (3,1 Md$), Google a acheté ITA Sofware (700 M$), Google achète Motorola (12,5 Md$), etc… Aucun achat dans la création de contenu.

Pourtant le prix à payer n’est pas exorbitant en 2011 : Warner a 3,5 Md$, Chrysalis 168,6 M$, EMI sera bradé en dessous de 3Md$, Europacorp serait valorisé 65 M€, etc…

Du coup, je me dis que le contenu n’est pas une valeur a acheté pour un industriel du tuyau et du péage du tuyau. L’intérêt est dans la logistique, la densité du flux, et la captation de dime au passage.

Alors pourquoi ne pas imaginer GOOGLE acheter un industriel de l’électroménager mondial ? Car un frigo ou un lave vaisselle connecté à Internet doit donner un max d’info sur nos habitudes de consommation. Il est assez facile d’imaginer la valorisation de ces informations à revendre aux industriels de l’alimentation, les hypermarchés et les vendeurs de poudre à laver.

Je verrais bien GOOGLE acheter un constructeur automobile. Les voitures commencent à être connecté à Internet via satellite, il est donc imaginable d’une part de récupérer les informations de trajet rentrées sur le GPS, et dans un second temps d’envoyer des suggestions de shopping, de restaurant ou d’arrêt touristique sponsorisé.

Pourquoi ne pas imaginer des participations dans les compagnies aériennes et ferroviaires ? Le public captif pendant la durée du voyage peut livrer beaucoup d’information sur les utilisations de contenus de loisirs. Si on peut connaître les goûts musicaux, cinématographiques ou littéraires, pour revendre les prescriptions aux producteurs de contenus qui n’existent plus… Ne tue-t-on pas un acteur de la chaîne ? Ne perd-on pas ensuite une diversité culturelle ? Ne bloquons pas le libre arbitre du public ?

Google Music, pour l’instant disponible sous forme de bêta fermée,  se focalise de plus en plus sur la mise en avant des artistes et des sites qui leurs sont dédiés.

Magnifier est un moyen de découverte pour de la musique… gratuite. Chaque jour, une nouvelle chanson sera donc proposée et il sera possible de la rajouter à votre compte Google Music. Chaque semaine, c’est un artiste qui sera mis en avant de la même manière.

Un service de découverte, mais qui n’est pas ouvert aux artistes, pour le moment !

Alors, ai-je tort de m’inquiéter ?
George Orwell visionnaire donc, nous ne faisons plus un pas sans être observé, bon. Peut-on être rémunéré pour cela ?

19
Mai
11

Du côté où la lune brille plus fort

C’est en ces moments d’amertume ponctuelle que je me remets en cause, dans mon fonctionnement, mes actes et ma façon d’être. Impossible de passer à côté d’un moment pareil sans y laisser des plumes. J’ai l’impression parfois d’être la victime d’une ingratitude typique.

Depuis plus de vingt ans que je travaille avec des artistes, j’ai dégagé des points communs, et je m’évertue à les camoufler derrière d’autres objectifs à chaque nouvelle rencontre. Je me dis : « cette personne n’est pas comme les autres, à travers ses ambitions, je perçois une envie de bâtir une collaboration sur le long terme ».

Comme un con, je reste persuadé que personne n’est parfait. Je connais mes forces et mes faiblesses, et après avoir étalé mes « forces » pour séduire, une complicité saillante me pousse à être transparent sur mes faiblesses. Et bien, comme dans beaucoup de situation, dans le « business » de la musique, on ne doit pas étaler ses faiblesses.

Du coup, je ne peux m’empêcher de réfléchir au mimétisme que je pourrais travailler, en étudiant les politiques, les capitaines d’industrie et les militaires. Ne rien laisser paraître de ses sentiments. C’est possible de l’appliquer dans la filière musicale, je l’ai déjà vu chez ces patrons de label que je côtoie dans les réunions et assemblée.

Toutefois, j’ai envie de mettre en garde l’artiste qui prendrait le temps de me lire. Si on vous dit que la lune brille plus fort d’un côté, ce n’est pas vrai.

Votre premier partenaire connaît la belle sœur du frère du stagiaire d’un label ? Vous le quitterez pour la belle sœur !

Je m’égare. Je dois me remettre en question pour l’avenir, pour ne plus renouveler mes erreurs. A tous les artistes qui se reconnaitront, je tiens à vous présenter mes excuses d’avoir :

–       commencer à travailler sans attendre la signature du contrat entre nous

–       cru que nous étions associés pour le meilleur et pour le pire

–       été transparent sur tous les avis, les retours

–       été 100% disponible

–       gaspiller ma trésorerie, mon énergie, mon temps pour le projet sans rien attendre en retour

–       pas su dire que la lune brille plus fort de mon côté

 

Dans un monde de paillettes, qui tient le meilleur rôle ? Celui qui fait clignoter les spots ou celui qui fait tourner la boule à facettes ?

01
Mar
11

Les indépendants prêts à tuer les indépendants

Je ne sais pas si cela se fait dans d’autres filières, mais dans l’industrie musicale, nous sommes loin d’un monde cohérent et respectueux. Cela fait plusieurs jours que cela me travaille. Je n’ai aucune idée des conséquences sur mon état d’esprit une fois que j’aurais terminé cette prose. Une chose est sûre, je serais tricard auprès des labels indépendants !

En bon éditeur, et malgré des solutions de distribution et un label sous le coude, j’essaye toujours de trouver des partenaires discographiques pour mes artistes et leurs projets. Je suis très flatté de pouvoir rencontrer de nombreux D.A. et patrons de maisons de disques rapidement pour échanger sur l’écoute d’un répertoire. Je me suis fait plusieurs RDV par vague et cela fait plusieurs fois que je vois des indépendants. Ils sont partant pour des licences, mais ils veulent 50% des éditions ! C’est devenu  break point de tout deal. Et parfois les arguments sont fallacieux… extraits :

– « En sortant le disque, on ne peut pas s’en sortir financièrement si on n’a pas les éditions »

=> ben, tu n’es peut être pas le bon partenaire alors, moi je cherche une maison de disques qui va en vendre des camions

– « Toi, en tant qu’éditeur, tu vas gagner plus que nous, alors que c’est nous qui allons faire tout le boulot ! »

=> ben, t’as qu’à faire éditeur alors ? Tu investis quelques années sur un projet, tu l’accompagnes, tu bosses fort et après tu partages les revenus avec le premier qui se présente, contre rien

– « Entre indé, faut qu’on s’aide ! Tu comprends que sans nous, tu ne gènèreras pas de droits »

=> ben… heureusement, il n’y a pas que vous…

– « Si on veut faire un partenariat avec une radio ou/et une TV on doit leur filer un bout des éditions »

=> ben… qui c’est qui a commencé ? C’est idiot comme échange et pas très fair…

etc…

J’ai l’impression d’avoir toujours entendu ce discours. Donc, je ne fais pas la vierge effarouchée ! Je ne dit pas que le boulot de labels est facile en ces temps qui courent, mais beaucoup génèrent une économie viable. Je ne dirais pas la même chose des distributeurs et des producteurs. Le label a en gros une marge de 3 € par album. Il faut rembourser la promo et le marketing avec ça, payer le personnel et gagner de l’argent. En théorie, quand un label part sur un projet, c’est qu’il a l’espoir d’en vendre un peu… Les attachés de presse, c’est un budget de 5 000 à 15 000 Euros quand on externalise, soit 2 000 à 6 000 ventes d’album, le marketing c’est quasi rien pour les petits projets qui n’entrent pas dans le mass média et on peut aller entre 50 000 et 150 000 euros quand on a de l’airplay radio et du clip en TV, donc là faut rajouter 20 000 ventes minimum pour s’y retrouver… Sachant qu’un bon label a des accords de partenariats avec les médias et ne payent pas 100% de la facture… Un éditeur sur 25 000 ventes gagne à peu près comme ses artistes soit 10 000 Euros, plus d’un an après la sortie de l’album… S’il y a de la rotation radio et TV, on peut doubler la somme.

J’ai fait l’étude sur un carton (disque d’or, 3 single en radio et TV, 100 concerts), et un projet correct (40 000 ventes + un peu de média et concerts). Dans les deux cas, la maison de disque gagne de 10 (pour le carton) à 4 fois plus que l’éditeur, sachant que le label touche de l’argent tous les mois, quand l’éditeur va  commencer à le récupérer un an après. Il faudra que les indés m’expliquent comment on peut être un bon partenaire, qui peut investir sur un projet, quand on cède « gratuitement » 50% de ses revenus, alors qu’on a déjà passé du temps, de l’énergie et des investissements sur un projet.

Je pense qu’on se fout de notre gueule ouvertement.

Je pense que les gens dans certain label ne connaissent pas le boulot d’éditeur et ce que cela représente pour vouloir nous faire crever comme ça. Merde, si on ne peut pas vivre de notre métier comment va-t-on investir sur de nouveaux artistes ? Comment va-t-on pouvoir accompagner les projets sur du long terme si on nous prive d’un fonctionnement simple de la gestion de droits ?

Si j’ajoute les producteurs audiovisuels français qui n’ont jamais de budget pour la musique, qui veulent aussi qu’on leur cède 50% des droits contre le fait de mettre quelques secondes dans un film, je m’énerve tout seul devant ce manque de respect pour une profession comme la nôtre !

ça y ‘est j’suis tricard dans l’audiovisuel Français !

M’en fout j’bosse à L.A. !

03
Jan
11

Après une année horrible, bienvenue à 2011

Tous mes vœux pour cette nouvelle année, cette nouvelle décennie !

Je souhaite sincèrement que le monde s’améliore, que la tolérance se généralise et que l’Homme dans son immensité ouvre les yeux sur ses forces et ses faiblesses.

Je souhaite que vous trouviez la paix et les souhaits pour vos projets, la santé pour votre famille et vos proches. Chaque minute nous rappelle l’instant présent, la présence de l’absence et les promesses pour l’avenir.

Construisez votre triangle isocèle entre votre vie personnelle, familiale et professionnelle.

Pour WTPL Music, l’année 2011 est synonyme de 20e anniversaire. Woof Trade Publishing Limited (W.T.P.L.) créée en 1991 par The Barking Dogs existe toujours. Les succès comme les difficultés ont agité son histoire, et pourtant la société est là, témoin de la vitalité des artistes qui nous font confiance, des partenaires qui nous ouvrent leur porte, les prestataires patients et attentifs, les banques débiles et généreuses de frais.

Il y a des jours où je me réveille comme doit l’être un capitaine sur son navire. Scrutant l’horizon et bousculé par les vents et les marées. D’autres paquebots empruntent les mêmes routes, ils vont plus vite, sont plus sûrs. D’autres collègues ne sont pas convaincus par mes choix. Comme avec un bateau, j’accueille des passagers. Rien ne les obligent à monter, personne ne les poussent à rester. Les plus forts pensent parfois qu’un autre véhicule serait plus approprié à leur notoriété. D’autres encore quittent le navire pour un plus beau, plus coloré, plus profilé… Et puis, il y a cette famille qui s’entraide, qui avance ensemble, respectant les rythmes de chacun.

Pour le capitaine d’un navire, il est parfois difficile d’être à tous les postes. Sur un bateau, il y a parfois une équipe nombreuse et compétente qui permet de renforcer son travail et sa présence. Pour WTPL Music, j’ai fait d’autres choix, par nécessité, par obligation de l’environnement économique, pour être plus fort.

Je n’ai pas tout aimé en 2010, voire même depuis 2008. Je pense qu’il y a un fantasme du public sur les paillettes de la musique, les gens combattent les petites structures indépendantes comme si c’étaient des majors. Ce que je lis sur les forums, les sites de partage de « produits culturels » me fait d’une certaine façon, très peur. Les petites sociétés n’ont aucun moyen pour communiquer, pour faire entendre leur message. Les organismes censés les fédérer ne sont pas en phase avec la réalité de tous les jours. Nous sommes dans le monde de la musique : pour un banquier c’est la précarité, pour ma tante c’est Johnny Hallyday ! Le grand public n’imagine pas assez que des artistes et leurs partenaires, vivent chichement, mais durablement, de la musique. 80 concerts/an devant 300 personnes de moyenne c’est très bien. Ce n’est pas suffisant pour le média national, mais c’est économiquement viable pour l’artiste interprète. Il faut toutefois penser à l’auteur, au compositeur qui n’est pas forcément sur scène, l’éditeur et le producteur qui ne touche rien sur les ventes du spectacle, etc… Heureusement, à travers le travail de chacun, nous ne sommes pas en train de suivre un livre de recettes pour (pre)fabriquer un projet artistique. Ma mission est d’ordre économique à mon sens. Être viable en tant que structure professionnelle, et réussir à apporter des revenus à mes artistes et leur partenaire. Ce n’est pas facile, c’est beaucoup de travail, de la volonté et cela ne marche pas toujours.

Les institutionnels, les politiques, les collectivités territoriales ont toujours aidé les artistes. Aucun ne pense aux structures professionnelles encadrant les artistes. On saupoudre des subventions à quelques associations locales « d’accompagnement » pour financer le poste d’un permanent. Celui-ci va se battre toute l’année pour obtenir la même enveloppe l’année suivante en mettant en place des actions de « professionnalisation » sans jamais travailler avec les professionnels de la la profession : manager, tourneur, éditeur, producteur, label… Et pourtant, dans notre métier, ce sont bien les compétences que l’on développe qui nous permettent d’être efficace. Je caricature souvent mon job à un « catalyseur de temps et d’énergie ». J’ai un carnet d’adresse qui s’étoffe tous les jours et j’en fait profiter les artistes avec qui je travaille. Je mets en contact des gens qui ont des choses à se dire. C’est un véritable échange où tout le monde gagne et cela construit durablement une activité.

Je dis aussi aux artistes qu’il ne faut pas quitter sans réfléchir et pour de mauvaises raisons, un professionnel qui donnent du temps et qui a confiance en votre projet. C’est difficile de trouver un partenaire et de le garder. Nous avons tous nos forces et nos faiblesses. Soyons conscient de cela et construisons un partenariat équitable sur ces bases.

Ces dernières années, j’ai entendu certain se plaindre. Ce n’est pas toujours gai à entendre quand on est aux yeux de son artiste, celui par qui cela n’a pas marché. Je ne promets pas la réussite à coup sûr sinon je ferais des bouquins ou de la voyance. La faute n’est pas à rejeter sur l’un ou l’autre. Nous faisons tous des choix et nous devons les faire ensemble et les assumer. Cela ne remet pas en cause le projet artistique et les efforts ne sont jamais vains. Le public n’était pas au rendez-vous et par ricochet les revenus ont été faibles et n’ont pas permis de rentabiliser les investissement temps, énergies et financiers. C’est toute l’équipe qui subit « l’échec ». Mais c’est pour mieux repartir ensemble, riches de cette expérience pour améliorer le futur. Si tu quittes le navire pensant que l’autre qui passe fera mieux, c’est quitte ou double.

Si l’on pose les choses à plat et que l’on respecte le travail des autres, alors on peut mettre en place une équipe qui gagne.

Dans l’industrie musicale, si on n’était pas dans le top 50, on n’était pas bon. Aujourd’hui si on n’est pas diffusé sur un média national ou/et adossé à un partenaire (marque) notoire, on n’est rien ! Pourtant si on s’intéresse un peu plus au public, des gens ont levé le nez, ont bougé sur un concert, ont acheté un titre ou/et un album, en ont parlé à leur famille, leurs amis… La diffusion du projet artistique a commencé. Respectons le public curieux et respectueux du travail de l’artiste et de son environnement. Et toi, amateur de musique, soutien à ta manière, avec tes moyens les artistes que tu apprécies. Si tu es passionné, tu seras passionnant.

Merci pour le bout de chemin ensemble.

Le monde est petit et nos routes se croiseront encore.

L’année 2011 est pleine de promesses, avec beaucoup de projets, de développement et de rencontres.

Bon voyage.

Bill

 

17
Fév
10

La SACEM joue la bonne partition

Commission du 19 janvier 2010

En tant qu’éditeur, je suis sociétaire SACEM et je m’intéresse depuis longtemps à son fonctionnement, car comme on nous le répète régulièrement : c’est notre maison. Depuis 2 ans, je fais partie de la Commission des Variétés. Une Commission composée de 5 auteurs, 5 compositeurs et 5 éditeurs ayant une réunion tous les mois et des tas d’échanges entre les commission, sans compter les manifestations comme « Les Petits Déjeuners de la SACEM », « Parcours Croisés »…

Cela prend du temps et quand on met un doigt dans le fonctionnement de notre maison, cela donne envie de faire encore plus. On se retrouve ambassadeur de la SACEM dans le moindre colloque, dans les conversations autour du droit d’auteur et parfois on reçoit les doléances des utilisateurs de musiques. Je reçois parfois les critiques des uns et des autres, car une grande structure a forcément des fonctionnements obscurs pour certain.

L’année dernière j’écoutais lors d’une conférence un avocat (enseignement le droit d’auteur dans une université) critiquer le mode de fonctionnement du droit d’auteur tel qu’il est géré par la SACEM. Oubliant de fait l’histoire de la maison, et que beaucoup d’autres sociétés civiles dans la plupart des pays sont sur le même modèle. Tout est améliorable, et c’est impossible de faire consensus sur un sujet, mais fort est de constater que si le fonctionnement est le même partout dans le monde où on respecte les droits d’auteur, ce n’est pas le mauvais système. La SACEM est une grande société car nous sommes un grand pays et il y a beaucoup de choses à traiter. Et le traitement n’est pas uniquement informatique. La limite humaine est là aussi pour bien faire  son boulot. Il faut donc plutôt aider les salariés de la SACEM a être performant en leur donnant le maximum d’information. Cela permet un meilleur suivi des droits et une meilleure répartition pour tout le monde.

Et parfois, je me demande comment fait un auteur ou/et un compositeur sans éditeur pour vérifier et collecter ses revenus issus des droits. La conversation avec un éditeur pour un artiste se limite souvent à l’aspect partage de revenu. En gros, on pense toujours que l’éditeur prend 50% des revenus issus des droits d’auteur, alors que d’une part c’est limité à la reproduction mécanique (la mauvaise raison qui pousse les labels à vouloir les éditions), et pour 1/3 sur l’exécution publique. Pour exemple, un compositeur qui fait des musiques de film garde les 2/3 de ses droits, de ses revenus à chaque diffusion. Par contre, s’il n’y a pas un éditeur qui donne la moitié de ses droits à un sous-éditeur dans un pays, la collecte et la vérification n’est pas aussi bonne, donc les revenus ne sont pas aussi bon. CQFD.

Salle du Conseil, 7e Etage de la SACEM

La transparence doit être de mise dans toute collaboration et ce n’est pas toujours facile.

Bref, je reviens à la SACEM, car c’est la base de cette gestion collective qui a amené tant d’autres dérivés dans d’autres droits, d’autres métiers, d’autres filières. Je discute parfois avec les membres d’autres commissions, les membres du CA qui donnent tous beaucoup de leur temps pour suivre le fonctionnement de la maison. Car l’évolution est continue. Il faut la suivre, la gérer, l’anticiper, l’expliquer… Difficile parfois d’avoir accès backstage pour tous à l’immeuble de Neuilly, et l’implication suit un fonctionnement ressemblant à un chemin initiatique. Le sociétaire est d’abord stagiaire, puis professionnel et enfin définitif. Ce n’est pas toujours clair pour tous. Pourtant même si cela est basé sur les revenus, cela amène un éclairage tout démocratique. Il reste encore quelques efforts à développer en direction des sociétaires. Le site http://www.sacem.fr a fait peau neuve et va encore s’améliorer, en particulier via les outils pour les sociétaires. Il faut trouver une voie de mise en relation entre les sociétaires et les délégations régionales, car on n’y pense pas tous les jours.